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Photo : Sindy Thomas

C’est la très mauvaise nouvelle du jour :  Ophelie David ne pourra pas participer aux qualifications de l’épreuve olympique de skicross demain car elle s’est gravement blessée au genou lors des entraînements. Une rupture du ligament croisé antérieur associée à un ménisque luxé sonnent la fin du rêve olympique pour la skieuse française qui a tant fait pour la discipline, et dont elle fût la reine incontestée pendant de nombreuses années. Avec quatre victoires d’affilée aux X-Games, qui lancent le skicross au niveau international, cinq médailles aux championnats du monde, dont la victoire en 2007 et le bronze l’an dernier, 128 départs en coupe du monde, autant dire qu’Ophélie avait l’expérience pour pouvoir briller sur ces jeux, les derniers pour elle déjà âgée de 41 ans. Et ce malgré un début de saison en demi-teinte. Hélas, le sort en a décidé autrement.

 


Ce qui aurait pu être une belle histoire se termine dans la douleur et la déception. Une terrible fin de saison qui marque la fin de la carrière sportive d’Ophélie qui, si elle avait prévu de raccrocher à l’issue de l’hiver, aurait souhaité faire ses adieux d’un autre manière. On aurait rêvé pour elle d’or olympique. D’une belle médaille pour couronner 16 hivers passés sur la coupe du monde. Ophélie était la doyenne de la délégation française, une des plus titrée aussi. Quel regret de ne pouvoir la voir défendre ses chances.

En octobre dernier, lors de la présentation des Equipes de France à Paris, elle avait accordé un long entretien à Skieur Racing pour parler de ses rêves olympiques et de sa future reconversion. Voici son interview. Si, malheureusement, elle n’a pu conjurer le sort et s’octroyer la médaille qui l’aurait comblée, gageons qu’elle entrera dans sa nouvelle vie avec la fougue, la sincérité et la détermination qui la caractérisent. D’ici là, nous lui souhaitons un prompt rétablissement. Un nouveau genou, pour un nouveau départ….

 


Tu as déjà un palmarès exceptionnel, il ne te manque que la médaille olympique, est-ce l’objectif de l’année ?

Ophélie David : « Oui c’est clairement l’objectif de l’année. Après est-ce que c’est l’objectif d’une carrière, pas complètement. Evidemment quand tu as un challenge qui te résiste tu as envie de t’accrocher pour y arriver. Mais ce n’est pas 100% de la motivation, il y a aussi le plaisir de faire ce sport tout simplement, le bonheur qu’il m’apporte, les sensations que j’éprouve. Et c’est le mélange de ces deux choses. »

 

Ce qui te plaît dans la compétition, c’est donc ce que tu vis depuis toutes ces années. Et tu en as encore envie ?

Ophélie David : « Oui, et je sais que ce sont ces moments là qui vont me manquer plus tard. Ceux où tu te sens extrêmement vivant quand tu es au départ des courses, cette espèce d’adrénaline qui flotte dans l’air, oui ça fait peur mais… wouah, que c’est bon ! C’est tout ça qui va me manquer cruellement je pense. En tous cas je m’y prépare. La course à la médaille est un jeu, un challenge. J’aime ces défis et je sais que je serai capable d’en trouver d’autres pour me nourrir dans ma vie future. En revanche au niveau des sensations corporelles, de l’adrénaline et du plaisir que je ressens à skier, je sais que ça, rien ne le remplacera. »

 

Est-ce ce qui t’a fait tenir aussi longtemps ?

Ophélie David : « Ah oui ! Le plaisir a toujours été là, l’envie continuait à brûler en moi. J’ai toujours ce bonheur, mais aujourd’hui je sens que j’ai besoin de plus de temps pour récupérer. J’ai 41 ans, il y a une réalité physiologique qui s’impose à moi, je note les différences. Si mes résultats aux tests physiques sont bons, moi je vois ces petits changements à l’intérieur. On se connaît bien, on les sent. Je dois respecter ce corps qui m’a aidée et soutenue dans mes aventures. »

 

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Photo : Sindy Thomas
As-tu déjà réfléchi à ce que tu aimerais faire après le ski ?

Ophélie David : « Oui, j’ai des pistes. Je co-organise avec une amie depuis quatre ans l’étape Corse de l’Odyssée du Flocon à la Vague, un événement éco-sportif. Je me suis rendue compte que j’aimais concocter et préparer des événements et les offrir aux gens. J’aime les voir se créer des souvenirs, partager. Je pense m’orienter dans cette direction là. »

 

Comment expliques-tu le choix du Flocon à la Vague ?

Ophélie David : « On parle de l’eau qui part des montagnes dans lesquelles j’habite et j’évolue, puis descend vers la mer auprès de laquelle j’ai grandi et où je passe encore beaucoup de temps. Je suis à l’aise avec les enfants. Je suis sensible à la nature car notre lieu d’expression reste la nature avec un grand N, et on la voit évoluer sous les coups qu’on lui assène. Ca donne envie d’apporter sa pierre à l’édifice. »

 

Penses-tu donc t’investir plus ?

Ophélie David : « Avec mon amie nous avons des contacts sur d’autres lieux, d’autres régions. C’est donc à étudier. Tout ça se fait à titre bénévole. Je dois donc trouver autre chose à côté pour subvenir à mes besoins. »

 

As-tu d’autres pistes ?

Ophélie David : « Pix Pocket, une entreprise de communication basée à Annecy est prête à m’embaucher à mi-temps et à me former. Ca sera un premier pas, une bonne manière d’apprendre et de découvrir la réalité. Puis il faudra que je vole de mes propres ailes. »

 

Penses-tu que ton mode de vie sera alors très différent ?

Ophélie David : « Oui, je voyagerai moins. Mais je me sais incapable de rester coincée dans un bureau avec des horaires fixes. Je ne comprends pas qu’on puisse s’arrêter à heure fixe alors qu’il reste du travail à faire et inversement, que l’on fasse acte de présence quand les choses sont faites. Ce n’est pas mon mode fonctionnement. »

 

Est-ce inhérent à la pratique du sport de haut niveau ?

Ophélie David : « Je suis extrêmement imprégnée de ça et je ne me sens pas capable d’évoluer différemment. D’où mon penchant pour l’événementiel. J’aimerais transposer ce que le sport m’a apporté et appris dans un autre univers, retrouver un peu cette adrénaline. Le mode de fonctionnement quand à lui devrait rester proche de ce que je pratique depuis des années, à savoir me fixer des objectifs avec des étapes paliers, faire appel aux personnes compétentes en cas de besoin, prendre des risques, faire confiance. Un fonctionnement dans lequel chacun se responsabilise. »

 

Depuis combien de temps réfléchis-tu à ta reconversion ?

Ophélie David : « L’organisation de l’Odyssée m’a éclairée. Et depuis que je dis que je mets un terme à ma carrière en fin de saison, les choses bougent, on me tend la main. Pix Pocket vient de là. »

 

Le fait d’avoir eu un beau palmarès a eu un effet selon toi ?

Ophélie David : « Oui je pense que ça aide car mon nom résonne un petit peu, même si tout le monde ne met pas un visage dessus. Je n’arrive pas en étant complètement inconnue, et c’est un avantage, ça me sort un peu du lot. Mon expérience intéresse les entreprises. Je m’en suis rendue compte déjà lors d’interventions ou de conférences. »

 

Penses-tu qu’une médaille changerait quelque chose à ce stade de ta carrière ?

Ophélie David : « Oui j’imagine. Je ne pense pas que ça me changera moi car le pli est bien pris maintenant! (rire). Ca peut peut-être changer mes opportunités professionnelles car une médaille ou un titre olympique t’expose plus. Le monde gravite autour de toi quand tu es dans le faisceau lumineux, alors oui je crois que ça peut faire bouger les choses. Ca peut aussi apporter du négatif, à nous d’être intelligent et de faire le tri. »

 

Te mets-tu plus de pression pour cette dernière saison, d’autant qu’il y a les JO, es-tu plus exigeante avec toi-même?

Ophélie David : « Je suis exigeante depuis toujours. Paradoxalement cette décision me fait prendre du recul. Je me sens plus sereine. Je suis plutôt dans l’appréciation de chaque instant. Je trouve ça apaisant de savoir que c’est la dernière ligne droite, et qu’en plus elle est magnifique avec un objectif olympique. C’est un beau moment à vivre. »

 

Pas de stress alors ?

Ophélie David : « Je dis ça aujourd’hui mais je sais que j’aurais les papillons au fond du ventre la veille de la course. Je sais également que ce stress et cette peur sont aussi là pour me protéger et me rendre alerte. A moi d’en faire une force. Mais oui, ils seront là monsieur stress et mademoiselle angoisse ! »

 

Tu as déjà eu tous les grands titres. Ne le vis-tu pas comme la saison de la dernière chance ?

Ophélie David : « Non je suis lucide, je sais que le plus gros de ma carrière est derrière moi, ce serait dommage de ne pas en profiter pleinement. »

 

Sens-tu plus d’attente de la part de tes partenaires, de l’encadrement ?

Ophélie David : « J’ai la chance d’avoir des partenaires depuis de très longues années avec qui s’est installée une solide relation de confiance. De la même manière Fabien Saguez (DTN de la FFS) et Fabien Bertrand (Directeur du Ski Freestyle à la FFS) me soutiennent et m’ont clairement montré leur confiance eux aussi. Ce sont des relations très sereines, nous nous connaissons très bien, nous avons fait les choses comme elles devaient être faites dans le passé. Nous sommes dans un pari un peu dingue de dire : chiche, on tente de finir en apothéose . Nous savons que le gros du boulot est fait, ce serait juste la cerise sur le gâteau. »

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Photo : Sindy Thomas
T’es-tu préparée de manière différente cette année ?

Ophélie David : « J’ai tout changé il y a deux ans en changeant de staff. Rémy Damiani m’a concocté un programme physique qui va bien. Niveau ski je m’entraîne avec l’Italie et ça se passe bien. Le changement avait été fait avant et cette année est dans la continuité. »

 

Tu as travaillé niveau mental avec l’ancien descendeur Denis Rey, qu’est ce que ça t’a apporté ?

Ophélie David : « Denis est un ami avant d’être quelqu’un avec qui je travaille. Il a été mon premier team manager quand j’ai commencé le ski-cross. Il m’a aidée grâce à sa forte sensibilité qu’il utilise très bien. Pour autant je pense que la préparation mentale nécessite un exercice quotidien pour être bien appliquée, et là je ne suis pas très bonne élève. En revanche, je me sers beaucoup de ce qu’il m’a enseigné et des outils qu’il m’a présenté. Je me retrouve plus dans la technique de l’hypnose active que dans celle de la sophrologie, mais ce sont des cousines très, très proches. »

 

As-tu essayé d’autres choses ?

Ophélie David : « En préparation mentale non. En physique par contre j’ai presque tout essayé car je me lasse rapidement. Je me demande même si parfois je n’ai pas un peu été le cobaye des préparateurs ! Ce qui ne m’a jamais dérangé, car je suis curieuse et j’adore essayer de nouvelles choses. Je faisais déjà pas mal de yoga avant que ce ne soit la mode, du cross-fit, avant même que ça ne s’appelle le cross-fit. J’aime tenter de nouvelles expériences. »

 

Où te vois-tu dans 10 ans ?

Ophélie David : « Ca fait loin pour moi, en plus j’aurais 50 ans ! Mais je peux te dire où j’aimerais être. J’espère que j’aurais fait fortune. Comme ça je pourrais vivre ma vie rêvée faite de voyages – idéalement dans des endroits que je n’ai pas encore visités – de surf, de paddle, de windsurf, de ski… Je pourrais inviter mes amis, partager ça avec eux. Et puis pour conserver un équilibre et rendre un peu tout ce que j’aurais la chance d’avoir, je souhaiterais donner du temps à des associations ou des projets qui me tiennent à cœur, me sentir utile. Je me rends compte en disant cela que j’ai envie de fuir les contraintes et la paperasse ! »

 


Le palmarès d’Ophélie David
  • 128 départs en coupe du monde de skicross.

  • 64 podiums.

  • 26 victoires.

  • 1er départ en 2002.
  • Classement 2017 : 5ème en skicross.

  • 4 victoires d’affilée aux X-Games (2007-2010), argent en 2011, bronze en 2006.

  • Championne du monde en 2007, vice-championne du monde en 2015, bronze en 2005, 2013 et 2017.

  • Participation aux JO de Whistler 2010 (9ème) et Sotchi 2014 (4ème).

 

 


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