LA NOUVELLE VIE D’ESTELLE.

 


Ce fût la surprise dans le milieu de ski alpin de compétition le printemps dernier. L’annonce faite par Estelle Alphand de son changement de fédération. La skieuse alpine, à moitié suédoise par sa maman, sentait qu’elle avait besoin de renouveau et de changement pour relancer sa carrière un peu en berne. Avec l’accord de la Fédération Française de Ski, qui a su s’entendre avec son homologue suédoise pour favoriser le choix de l’athlète, elle a donc rejoint le groupe scandinave au printemps. Si certains étaient sceptiques, force est de constater, alors que la saison de compétition est déjà bien entamée, qu’Estelle semble complètement libérée et en pleine confiance. Qualifiée par sa nouvelle nation pour toutes les coupes du monde des disciplines techniques, elle montre qu’elle a plus que du potentiel, mais de réelles qualités. D’emblée à Sölden, pour l’ouverture du circuit, elle se classe 14ème en Géant, son meilleur résultat. Depuis, elle montre qu’elle peut rivaliser avec les meilleures du circuit et progresse course après course. Sur les dix derniers jours, elle se classe 5ème en slalom et 15ème en géant à Lienz, puis 10ème en géant et 8ème à nouveau en slalom à Kransjka Gora. Et se paye même le luxe de gagner la seconde manche du géant. Manifestement, la skieuse des Hautes Alpes a trouvé le système qui lui convient. Retour sur son changement de vie, lors d’un entretien réalisé juste avant la saison pour le magazine Skieur Racing.

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Photo : Sindy Thomas
Le ski dans les gènes

Issue d’une famille de skieurs dont le nom est célèbre bien au delà du microcosme du ski, Estelle Alphand est née à Briançon dans les Hautes-Alpes il y a 22 ans. Jeune skieuse alpine surdouée, formée dans le giron protecteur du Club des Sports de Serre Chevalier, elle déboule sur le circuit Coupe d’Europe avec fougue alors qu’elle n’a encore que 15 ans. Désignée porte-drapeau de la délégation française lors des premiers Jeux Olympiques de la jeunesse d’hiver à Innsbruck en 2012, elle montre l’étendue de son potentiel en remportant l’or en super-géant, l’argent en géant et super-combiné, et le bronze par équipe. Grand espoir du ski français, la talentueuse Estelle intègre très tôt l’équipe de France de ski alpin et la coupe du monde en 2013 à 17 ans seulement, se blesse rapidement aussi malheureusement, en fin de saison de cette même année. Un début de carrière sur les chapeaux de roues, mais somme toute, un parcours assez classique. Début juin 2017, à la surprise générale des fans de ski, Estelle annonce qu’elle quitte l’Equipe de France pour rejoindre les filles de la Suède. En effet, née de mère suédoise, la skieuse possède la double nationalité, et entend bien profiter de cette particularité pour se remettre en confiance au sein d’une fédération dont le mode de fonctionnement lui conviendra peut-être mieux. Pas qu’elle renie tout ce qu’elle a appris jusque là, au contraire, mais elle se sent dans l’impasse et n’arrive plus à progresser comme elle le voudrait malgré ses efforts. Parfois, le changement peut se révéler salvateur…

 

 

Un nouvel élan

Quelques mois après cette décision loin d’être facile à prendre, pour elle comme pour la FFS qui ne pouvait s’opposer à son départ, mais qui a choisi de laisser partir la skieuse avec ses points FIS dans le souci de ne pas la pénaliser (perdant au passage un quota en Coupe du monde au profit de la Suède), les choses se mettent en place. Bien que rattachée à la Fédération de Ski Suédoise, le camp de base de la jeune femme se situe toujours à Serre Chevalier. Son cadre de vie s’articule autour des regroupements organisés par sa nouvelle fédération, au rythme des stages et en fonction des conditions de neige. Le printemps et l’été, elle les a consacrés à la préparation physique. Sa fin d’été elle l’a passée en Australie et en Nouvelle-Zélande plutôt qu’en Amérique du Sud, mais l’ambition était la même pour les skieurs du monde entier, à savoir skier dans de bonnes conditions sur la neige « d’hiver » de l’hémisphère sud. Cet automne, les stages se sont enchaînés sur les glaciers européens. Au final, qu’on soit d’ici ou d’ailleurs, les saisons s’organisent toujours de la même façon et les journées types restent les mêmes pour tous les skieurs : ski le matin, suivi par un temps de repos, de la kiné, de la préparation physique et de la vidéo.

 

Les différences se situent plutôt au niveau de la préparation physique, des moyens mis à sa disposition et de l’entraînement sur les skis. En effet, en quittant le giron de la FFS, Estelle a dû se résoudre à devoir se passer du CNSS, le centre national de ski et de snowboard situé à Albertville. Cet été, c’est seule qu’Estelle a dû s’entraîner avant de rejoindre ses co-équipières sur les planches. Mais à en juger par les excellents résultats obtenus sous les couleurs suédoises, cela semble être un mode de fonctionnement qui lui convient parfaitement. La skieuse s’adjuge deux victoires en slalom, une troisième place en géant devant Sarah Hector et Maria Pietilae-Holmner lors des Coupes d’Australie et de Nouvelle Zélande du mois d’août. Puis elle signe le meilleur résultat de sa carrière à Sölden lors de l’ouverture de la Coupe du Monde fin octobre, avec une 14ème place en géant. Depuis les bons résultats s’enchainent et Estelle progresse régulièrement vers le haut du classement. Il semblerait que la sauce soit bonne, en tous cas qu’elle prenne bien avec Estelle qui, du coup, se sent bien plus en confiance. Et la confiance, tous les sportifs de haut niveau le savent, est la clé de bien des réussites.

 

Du nouveau matériel

Des changements, il a bien fallu en faire aussi côté matériel et sponsors, ceux du pool nordique n’étant pas forcément les mêmes qu’en France. Niveau skis, c’est dorénavant sous les couleurs des Hero (un signe de bon augure ?) que la belle affronte les piquets. Si elle laisse les marques Lange et Dynastar au profit de Rossignol, le changement est moins radical qu’il n’y paraît, le service course étant unique pour les deux entités du groupe et les produits développés de manière commune. Elle peut donc continuer sur sa lancée avec du matériel qu’elle connaît bien, qu’elle maîtrise, et une équipe qui sait ses besoins et ses particularités. Un point non négligeable quand tout bouge autour de soi. Comme en France, elle bénéficie d’un technicien fédéral qui prépare ses skis ainsi que ceux de deux ou trois autres filles du groupe. Côté accessoires aussi ça évolue, avec le passage chez les équipementiers du pool suédois, Poc et Hestra, et des incidences quasi nulles.

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Photo: Sindy Thomas
Les difficultés à surmonter

Tout paraîtrait presque rose, mais les difficultés subsistent. Notamment niveau déplacements et surtout financier. En effet, pas toujours aisé de se rendre sur les regroupements fédéraux qui peuvent se faire au départ de la Suède. Ca demande un peu de logistique, surtout ça rajoute aux coûts. Il faut donc savoir se débrouiller et rejoindre les techniciens quand cela est possible pour diminuer les frais de trajet, quand les autres filles elles, se regroupent à Stockholm et font le voyage ensemble. S’il semble improbable que la jeune femme s’installe du côté de la Baltique où elle ne possède pas d’attache particulière, en revanche les réflexions sont ouvertes pour une installation plus centrée en Europe, pourquoi pas avec ses frères du côté d’Annecy ou Albertville? A suivre. L’autre aspect critique réside dans le budget. Si, en France, la participation forfaitaire demandée aux athlètes pour faire tourner l’ensemble de l’équipe est de 2.000 euros environ par saison, côté suédois c’est une participation à la journée proche de 65€ qui est demandée, pour toute journée passée avec le groupe et le staff, pour les stages comme pour la période de compétition. Et ça peut vite chiffrer. Heureusement, celle-ci est plafonnée à 6500 euros. C’est quand même trois fois plus qu’avec la FFS. Et il faut bien trouver l’argent. Celui-ci provient donc des contrats de sponsoring qu’Estelle a pu signer et des primes de courses qu’elle a pu glaner, notamment en remportant le Ladies Night Tour l’an dernier. Ou qu’elle obtiendra on lui souhaite pendant l’hiver. La bonne nouvelle, c’est qu’en cas de sélection olympique, le Comité Olympique suédois prendra tout à sa charge. L’enjeu est de taille, le but étant de rester indépendante et de ne pas solliciter sa famille pour vivre sa passion.

 

Les Jeux Olympiques en ligne de mire

Comme pour une grande majorité des sportifs de très haut niveau, le point d’orgue de la prochaine saison sera les Jeux Olympiques de PeyongChang en Corée du Sud. Et de ce côté rien n’est acquis pour personne. Estelle, classée 46ème mondiale en géant (et 5ème suédoise) à l’issue de la saison 2017, a du,  comme les autres filles, passer par le filtre des sélections pour se qualifier sur le circuit coupe du monde et ainsi obtenir les résultats qui lui permettront de se rendre aux olympiades. Actuellement classée 23ème au général et 2ème suédoise, il semble que cela soit bien engagé.

 


Entretien avec Estelle : 

Comment se passe ta nouvelle vie ?

Estelle Alphand :  » J’habite toujours à Serre Chevalier chez mes parents. Et je me déplace pour les regroupements avec l’équipe de Suède, ce qui en soit n’est pas très différent de ma vie d’avant. L’organisation change un peu en revanche car tout est moins centralisé qu’en France, de fait ça influe sur les trajets pour rejoindre le groupe. Ceux-ci sont beaucoup plus longs pour moi, se font parfois en avion et peuvent durer 2 jours.  Cela me demande un peu plus d’organisation. Forcément ça prend du temps et ça génère un peu de fatigue. La vraie différence se situe au niveau de la prise en charge de la préparation physique. Il n’y a pas de stage spécifique pour cela, chacune suit un programme personnalisé fourni par les préparateurs physiques et le réalise de son côté. C’est vrai que je ne bénéficie plus d’un outil de pointe comme l’est le CNE d’Albertville, en revanche cela me permet d’être plus souvent et plus longtemps chez moi. Au final je perds peut-être un super outil de travail, mais je gagne en bien-être, je suis plus autonome et entièrement responsable de ma préparation, ce qui me convient très bien. »

 

Quand et dans quel contexte as-tu commencé avec le groupe ?

Estelle Alphand : « J’ai fait un stage de ski à l’essai au mois de mai à Are avec les suédoises. Rien n’était encore validé, le changement de fédération n’était pas encore certain à ce moment-là. C’était un peu bizarre de débarquer comme ça, au milieu d’un groupe dans lequel tu ne connais personne, où on parle une autre langue, dans un système différent où tout est nouveau pour toi. Je ne connaissais pas vraiment les autres skieuses. Si j’avais déjà croisé certaines d’entre elles sur les courses, nous n’avions échangé que quelques mots. Il m’a donc fallu faire connaissance et m’adapter. De leur côté, elles ont dû aussi s’habituer à ma présence. Quand le changement a été officialisé, j’ai fait un stage de cohésion de groupe avec toutes les autres équipes fédérales, puis un stage photo en Suède. Cela m’a permis de faire connaissance avec tout le monde. »

 

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Photo : Sindy Thomas
T’es-tu facilement intégrée ?

Estelle Alphand : « Je suis d’un naturel assez timide, alors ce n’est pas évident pour moi d’aller vers les gens. Heureusement, certaines filles sont venues vers moi. Et puis à force de se côtoyer, les choses finissent par se faire naturellement. J’ai commencé à me sentir vraiment à l’aise à partir du mois d’août, durant le stage en Nouvelle-Zélande. Jusque là j’avais retrouvé le groupe de manière sporadique. Mais là c’était un mois complet où nous étions ensemble tous les jours et on a vraiment appris à se connaître. Heureusement nous ne sommes que six, ce qui reste un petit groupe (qui est l’équivalent du groupe B français) et ça facilite les choses. En tous cas elles m’ont très bien accueillie. Je me suis assez vite intégrée et surtout, je n’ai jamais été mise à l’écart. « 

 

 

 

Pas trop dur le quotidien dans une autre langue que la sienne?

Estelle Alphand : « Ca été un peu difficile au début car ça demande de la concentration de parler une langue qui n’est pas la tienne. C’est vrai, ma mère est suédoise et nous parle dans sa langue natale, mais mes frères et moi lui répondons en français. Enfants, on allait passer un mois chaque été chez mes grands-parents à Göteborg, mais après l’entrée au Lycée d’été on y est allé moins régulièrement. Alors bien sûr je parle bien, mais ce n’était pas évident au départ de m’exprimer pleinement. Ca devient plus facile maintenant car je parle la langue tous les jours, je parle mieux et surtout je commence à connaître les filles, ce qui fait toute la différence. D’ailleurs c’est avec elles que je parle en suédois, car la langue utilisée dans le groupe au quotidien avec le staff est l’anglais. Du coup, j’ai progressé autant en anglais qu’en suédois ! Ca se délie, j’ose plus. Même si je fais des fautes, je ne suis pas la seule à en faire. Je parle aussi français régulièrement avec Luca (de Marchi) le chef coach qui vient de suisse. Au quotidien je jongle d’une langue à l’autre en permanence. »

  

Comment cela se passe-t-il niveau encadrement justement?

Estelle Alphand : « Kinés, préparateurs physiques, techniciens et coaches sont d’origines variées. Actuellement en stage de ski nous avons deux techniciens avec nous, un italien et un slovène. Pour ce qui est des entraîneurs, le chef de groupe est Luca de Marchi qui vient de Suisse et dirige le groupe depuis 2016. Il était déjà sur le circuit avec les suédoises l’hiver dernier. Je m’entends super bien avec lui. Le gros avantage pour moi surtout c’est qu’on parle français ensemble, ça simplifie le dialogue. Je peux m’exprimer totalement comme je le souhaite et je comprends bien tout ce qu’il me dit. Il utilise les mêmes termes que ceux que nous utilisions en France, ça nous permet d’être très précis sur la technique. C’est quand même plus facile qu’en anglais ou en suédois et c’est une vraie chance pour moi. Il est vrai aussi qu’on a des affinités, je me sens très à l’aise avec lui. Nous ne parlons français que quand nous ne sommes que tous les deux ou pour les corrections. Dans les conversations de groupe nous revenons à l’anglais. Le second coach est Per Jonsson, qui a rejoint le groupe au printemps dernier, comme moi. Il s’occupait avant d’un groupe de jeunes du type Comité. Leurs rôles ne sont pas définis de manière tranchée, ils tournent entre le traçage, le départ, la piste, etc… ils se partagent les tâches. »

 

Comment ton programme d’entraînement s’organise-t-il?

Estelle Alphand : « C’est plus ou moins identique à ce que j’ai toujours connu, ça reste des stages de ski et de l’entraînement physique, entrecoupé de retour à la maison. Il n’y a pas une énorme différence sur la programmation avec ce que j’ai connu jusqu’à présent. Un peu de ski et de physique au printemps et en début d’été, un long séjour en hémisphère sud en fin d’été, le ski sur les glaciers européens à l’automne, puis les compétitions en hiver. En revanche, parce que je m’entraîne physiquement à la maison avec un programme personnalisé, j’ai passé beaucoup plus de temps chez moi cet été. Nous sommes toutes dans le même cas. Mes co-équipières habitent toutes dans des coins différents de Suède, assez éloignés les uns des autres. Chacune se prépare donc de son côté, avec son plan de vol sur-mesure. Certaines ont recruté un coach privé. Pour ma part, je me suis préparée en solitaire dans une salle à Serre Chevalier. Ce n’était pas toujours facile c’est vrai. C’est plus dur de se motiver certains jours, mais tu sais pourquoi tu le fais. Et puis s’entraîner seule, être en charge de son propre programme, ça donne de l’autonomie et ça responsabilise. J’aime ça. »

 

Quelle a été ta préparation physique estivale?

Estelle Alphand : « Toute ma préparation est centrée sur mon dos. J’ai fait beaucoup de musculation au début car j’avais pris du retard en fin de saison. Je n’avais plus rien fait pendant un mois à cause de douleurs dorsales et du changement de nation. Un gros travail était donc nécessaire pour renforcer mon dos, tout le haut du corps, mes fessiers, ma ceinture abdominale. Puis j’ai enchaîné sur les intervalles. Encore de la force. Les exercices sont choisis pour pouvoir être réalisés sans aide extérieure et sans forcer inutilement sur mon dos. Je ne fais pas de squats par exemple, je ne fais que de la presse. On a fait des tests physiques après la Nouvelle-Zélande qui se sont révélés encourageants. C’est vrai que de ce côté-là nous n’avons pas l’équipement ni le suivi de la France. Ni même au niveau médical d’ailleurs. Je n’ai pas eu de visite pré-admission, ni aucune depuis. Nous ne sommes pas suivies médicalement et sommes livrées à nous-mêmes. Chacune se gère. En France l’an dernier j’avais fait beaucoup de kinésithérapie spécifique, j’avais reçu une infiltration. Si je dois me soigner à nouveau, je le ferai en France. « 

 

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Photo : Sindy Thomas
Comment est-ce que ça se passe sur les skis ?

Estelle Alphand : « A ce niveau ça dépend toujours des coaches. Mais pour le coup c’est différent pour moi. Jusque début octobre j’ai skié à 70/80%. Ce qui est mieux pour mon dos que j’essaye de préserver. J’ai d’abord travaillé sur ma technique en finesse plus que sur la vitesse. Puis sur cette dernière avec l’arrivée des courses. J’ai beaucoup travaillé sur les sensations. J’ai des facilités de ce point de vue, j’arrive très bien à appliquer les conseils et à effectuer les petits réglages. J’ai fait des éducatifs au début de ma préparation, puis les automatismes se sont créés, même s’il me reste encore quelques détails à régler. Luca a immédiatement cerné mes problèmes quand il m’a vue skier. J’étais trop avachie, crispée, un peu fermée. On a commencé par corriger ça. J’ai aussi travaillé mes bras, j’avais tendance à brasser avec. On a bossé la stabilisation du haut du corps et une inclinaison plus haute du bassin. Je me suis concentrée pour travailler une position plus neutre qui force moins sur le dos et pour progresser techniquement. Ca paye. J’ai moins de douleurs et je me sens plus efficace. Après les séances sur neige, je continue à travailler physiquement. Encore une fois, chacune fait sa séance en autonomie, avec le matériel fourni par la fédération. Il nous arrive de nous regrouper avec les autres filles, mais on gère à notre guise. »

 

Est-ce la méthode suédoise ?

Estelle Alphand : « Oui et non ! Pour ce qui est de la préparation physique, c’est la méthode suédoise si on veut. En revanche pour le ski, c’est la méthode de ces deux entraîneurs. Ce n’est pas du sur-mesure à proprement parler, mais ils essayent de tenir compte de nos propres problématiques et en tous cas, c’est ce dont j’avais besoin. Ca me permet de gérer mon entraînement en fonction de mon dos, d’en faire plus quand c’est possible, moins quand je ne peux pas. Avant j’avais le sentiment d’avoir toujours quelque chose à prouver et souvent j’en faisais trop, jusqu’à me faire mal. Nous sommes tombées sur des super coaches, qui sont nouveaux à l’équipe suédoise. Je ne suis pas la seule à constater un changement, les autres skieuses du groupe aussi. »

 

Parviens-tu toujours à voir tes proches ?

Estelle Alphand : « C’est déjà difficile de les voir quand tu fais du ski en France, ça ne change pas vraiment les choses! La pratique du sport à haut niveau, et du ski en particulier, nécessite beaucoup de déplacements. Cet été en tous cas, n’ayant pas de stage de préparation physique, j’ai pu passer beaucoup de temps chez moi et ainsi profiter de ma famille et de mes amis. Je conserve des amies au sein de l’équipe de France et d’une certaine manière je me sens presque plus proche d’elles qu’avant. Je les ai croisées à Saas-Fee durant l’automne, j’étais vraiment contente de les voir. Comme on se voit moins, on essaye de s’organiser des moments de qualité, comme ces vacances que nous avons passées ensemble l’été dernier dans le Sud avec Léa Chapuis, Marie Massios et Clara Direz. »

 

Finalement ça ne change pas vraiment ton quotidien ?

Estelle Alphand : « Dans l’absolu, non pas vraiment ! Ce qui me plaît dans cette nouvelle vie c’est que j’ai l’impression d’avoir plus de temps à la maison, en tous cas j’y passe des séjours plus longs. Ca me permet de couper du ski, de changer d’air et j’ai besoin de ça pour me ressourcer. J’ai plus de temps pour voir mes proches. Je suis heureuse aussi d’apprendre le suédois, de progresser en anglais, de me sentir pleinement responsable de ma préparation. L’ensemble me plaît et le ski bien sûr c’est toujours le top. A l’inverse, ce qui me plaît moins, c’est la durée des trajets et le temps que j’y passe, mais on ne peut pas tout avoir ! » 

 

Comment te sens-tu aujourd‘hui?

Estelle Alphand : « Je me sens calme et sereine. Je suis en confiance, je sens que je progresse bien. Je suis plus sure de moi aussi. Je me suis complètement remise en question cet été, c’est comme si j’étais repartie de zéro. Aujourd’hui je suis concentrée sur moi, sur mon ski. Je me sens autonome. C’est vrai que c’est agréable d’être assistée, quand tout est facile et mâché, mais ça ne me manque pas et je ne peux pas m’imaginer revenir en arrière. J’ai une approche un peu différente aujourd’hui. Cette expérience m’a ouvert les yeux sur les difficultés réelles d’une vie de sportif de haut niveau. Je profite mieux de tout. Je sens que ça avance. Je suis dans un mode de fonctionnement qui me convient parfaitement. Je me suis sentie vraiment bien en Nouvelle Zélande et ça a marché. Pareil à Sölden. J’espère que ça va continuer comme ça pendant l’hiver. »

 

Quels sont tes objectifs pour la saison ?

Estelle Alphand : « Le premier était de me qualifier pour l’ouverture de la saison à Sölden, ce qui est fait. Nous avons eu la chance de pouvoir aller nous entraîner sur la piste avant la course. Pour moi qui n’avait fait que deux manches là-bas, c’était une vraie chance. Ca a démystifié un peu le truc. Je ne m’attendais pas à faire aussi bien ! Idéalement j’aimerais enchaîner sur les Coupe du Monde. Sinon ce sera la Coupe d’Europe. La Suède a 7 places dans les quotas. Ca reste ouvert, mais il faut montrer que tu es là au bon moment. Puis je vise les Jeux bien sûr. »

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Photo : Sindy Thomas

 


Estelle Alphand en chiffres :
  • Nombre de départ en Coupe du Monde : 37
  • Meilleur résultat Coupe du Monde : 5ème à Lienz en slalom (dec. 2017) – 10ème en géant à Kransjka Gora (janv. 2018).
  • Nombre départ en Coupe d’Europe : 122 dont 4 podiums (1 victoire).
  • Classement Coupe du Monde  :
    • 46ème en Géant en 2017 (et 5ème suédoise)
    • 23ème du classement général provisoire 2018 (2ème suédoise derrière Frida Hansdotter).
    • 16ème du classement provisoire 2018 en slalom
    • 18ème du classement provisoire 2018 en géant

 

Palmarès :
  • Youth Olympian Winter Games en 2012 :
    • Vainqueur du Super Géant.
    • Seconde en Super Combiné et Géant.
  • Championnats de France :
    • Vainqueur en descente en 2016.
    • Seconde en Super Combiné en

 

Suivez Estelle pendant toute la saison sur sa page Instagram

 


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