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Cécile Bertin est une traileuse française. Amatrice comme elle le précise. Celle qui se passionne pour les courses en étape dans le désert est la première femme à avoir réalisé 7 marathons sur 7 continents en 80 jours. Quand elle ne court pas, elle partage son savoir et son expertise sur le site qu’elle a créé, www.runfitfun.fr et dans le magazine qu’elle dirige, Running pour Elles. Enfin et surtout, Cécile est mère de quatre enfants. Lors du salon Trail, Run, Expo à Megève en juillet dernier, elle nous livrait un peu de son expérience et de son point de vue sur le trail au féminin.

 


sables-emouvants-livre-journaliste-mCécile Bertin, un parcours atypique

Le parcours de Cécile Bertin n’est pas commun. Privée de sport dès l’adolescence pour raisons de santé, ce n’est qu’à 36 ans que démarre sa carrière sportive. Hospitalisée, elle cogite et se rend compte que, si elle a pleinement réalisé sa vie de femme et de mère, elle n’a jamais rien fait pour elle. Le challenge qu’elle se fixe alors, peut-être pour conjurer le sort, est de réaliser un marathon. Alors qu’elle ne connaît absolument pas l’univers du running, elle pense que c’est réalisable, et se prend à rêver de New York. Sa première rencontre avec un entraîneur de club d’athlétisme n’est guère engageante. Il lui explique qu’à son âge et sans avoir jamais pratiqué, son objectif n’est pas atteignable en quelques mois comme elle l’espère. C’est mal connaître cette femme de tête qui, non seulement s’alignera au départ du Marathon de New York et le terminera « debout et pas dernière », mais surtout enchaînera les marathons, puis les ultra-trails avec boulimie. Un défi personnel dont les retombées iront plus loin encore que le domaine sportif. Cécile aime partager son histoire, dont elle ne revient pas elle-même. Elle aime aussi écrire. Après des premiers textes publiés sur le web puis quelques piges pour des magazines spécialisés, la rédaction d’un livre, elle est aujourd’hui à la tête de Running pour Elles. Forte de son expertise, elle aborde le sujet du trail au féminin sans langue de bois, en ponctuant son discours d’anecdotes personnelles. On sent le vécu.

 

Participation des femmes dans le trail

Actuellement, si on se réfère aux listes de départ des courses de trail en France, 35 à 40% des participants sont des participantes. Ce qui n’est pas rien. Notamment au niveau de l’organisation des courses longues, pour lesquelles il peut être nécessaire de prévoir une logistique spécifique et/ou des dispositifs médicaux particuliers. Petites adaptation qui n’existaient pas il y a une dizaine d’années encore. Aux Etats-Unis les femmes représentent déjà 50% des coureurs, et elles sont également nombreuses en Corée ou au Japon.

Il est vrai que les femmes ont embrassé massivement la pratique plus tardivement que les hommes. Les épreuves de longues distances ne leur étaient pas toujours ouvertes les premières années, ni en trail ni dans d’autre disciplines, d’ailleurs, à l’instar de la Vasaloppet (épreuve de ski de fond suédoise mythique) qui n’accepte les femmes que depuis 25 ans.

 

Entraînement 

Quand on parle de trail, ou même d’ultra-trail, il est important de faire la part des choses et de relativiser. Oui, parcourir de longues distance demande une réelle implication et de la préparation. Mais non, il n’est pas nécessaire d’être un athlète de haut niveau et de terminer sur les rotules. Nombre de participants à ces courses, quelles qu’elles soient, sont des amateurs, parfois des hommes ou des femmes âgés de 70 ans et plus. Il faut séparer le top niveau de la masse. Les athlètes en recherche de performance et de résultats sportifs, de celles et ceux qui relèvent leurs défis personnels ou sont là pour le plaisir.

En ce qui concerne les femmes, d’après Cécile, ces dernières seraient plus assidues à l’entraînement. Plus organisées aussi. Cela tient peut-être au fait que la gestion de la maison, la famille, le travail leur laisse peu de temps pour s’entraîner, et qu’il est donc nécessaire de le bloquer pour ça. Cela tient peut-être aussi au syndrome de la petite fille modèle. Ces petites filles qui veulent toujours bien faire…

L’important quoi qu’il en soit, c’est aussi de savoir couper. Au moins un mois après un ultra-trail.

 

Résistance et performance

Si les cas sont encore rares, certaines athlètes féminines terminent parfois devant les hommes, surtout en course longue. Cécile se souvient notamment du trail (mixte) de Transylvanie, dont le podium fût entièrement composé de femmes.

D’après elle, les femmes seraient programmées pour mieux résister à la douleur, celle-ci faisant partie intégrante de la vie de la femme. Si les études restent rares, il semblerait en effet que la physiologie féminine spécifique à la grossesse, confèrerait aux femmes une plus grande résistance, cela notamment grâce à leurs reins capable de filtrer mieux et plus longtemps. Si en parallèle on ajoute un mental à toute épreuve, les différences anatomiques hommes/femme tendraient ainsi à se réduire, voire à basculer au profit des femmes lorsque la durée de l’effort s’allonge de manière importante.

Selon Cécile, il se pourrait que de plus de plus de femmes se classent devant les hommes d’ici quelques années, quand la génération qui a commencé à vingt ans sera au top de sa forme.

Pour clore le sujet, Cécile cite Catherine Polleti, l’organisatrice de l’UTMB, qui affirme «On n’a jamais eu besoin d’évacuer de femmes à l’arrivée». Il sembleraient que la gente féminine soit plus raisonnable, ou plus consciente de ses limites, et ait la clairvoyance de stopper sa course avant d’être dans le rouge (ou syndrôme de la petite fille modèle toujours ? Ne pas en faire trop, ne pas déranger…).

 

 

Féminisme – machisme

S’il n’y a pas ou plus d’interdiction aux femmes de participer aux épreuves de compétition (tout au moins dans les pays occidentaux), et si la gente féminine semble bien acceptée, voire reconnue pour ses performances, il n’en reste pas moins que les réflexions demeurent et finissent par agacer. Si les « Je reste ici la vue est belle » prononcés par un homme courant derrière une athlète ne sont pas méchants, ils n’en sont pas moins déplacés pour autant.

Cécile le dit : « Encore beaucoup trop de femmes sont ramenées chez elles à leur condition de femme. Pour ma part, je n’ai pas demandé l’autorisation à mon mari ».

 

 

Féminité – Equipement – Vêtements

Pour la pratique du trail, les besoins principaux concernent la praticité, la performance et le confort. Les traileuses, comme leurs homologues masculins recherchent à diminuer les frottements au maximum, et favorisent surtout l’ultra-légèreté. Bien sûr, quels qu’ils soient, les produits doivent correspondre aux spécificités de la morphologie féminine.

Malheureusement les marques offrent encore un choix très limité pour les pratiquantes en France. En terme de coloris, elles présentent trop de produits rose ou noir, alors qu’en Asie ou aux Etats-Unis, le choix est beaucoup plus large, les coloris et les graphismes sont beaucoup plus variés.

Pour ce qui est du maquillage et des bijoux, chacune son choix, comme dans tous les sports. Pour sa part Cécile n’en porte pas, car ça représente une gêne (les bijoux s’accrochant parfois dans le sac).

 

Grossesse – Périnée – Incontinence

Le sujet tabou par excellence ! Très peu ou à peine abordé, sauf parfois sur les réseaux sociaux, c’est pourtant une réalité qui peut toucher toutes les coureuses, même les plus grandes championnes. En cause d’après Cécile, une reprise trop rapide après l’accouchement. Si les problèmes ne surviennent pas immédiatement, ils peuvent surgir après 45 ans. Son conseil, suivre les paroles (sages) des sages-femmes : « Il faut neuf mois pour faire un bébé, neuf mois pour le défaire ». Prendre son temps donc, et faire une bonne rééducation, et la refaire si nécessaire.

 

 

Aménhorée – Anorexie – Anémie

Autres sujets tabous. Les trois marchent souvent de pair, et sont souvent liés au contrôle alimentaire stricte que s’infligent les coureuses. Ils peuvent se « cacher » derrière certaines intolérances (gluten, sucre…). Ce n’est pas la course à pied qui provoque ces dysfonctionnements, mais plutôt un comportement néfaste. Contrôle de son poids, privation de nourriture, déséquilibre alimentaire finissent par provoquer des carences qui mènent ensuite à l’aménhorée voire à l’anorexie ou peuvent générer de l’ostéoporose et des fractures de fatigue. Il existe également dans le monde de la course à pieds, des femmes souffrant d’anorexie qui viennent au sport dans leur recherche perpétuelle de perte de poids, mais c’est plus rare.

Quoi qu’il en soit, sur les très longs efforts des ultras-trails, lorsque le corps doit puiser dans les réserves, il est possible de perdre près de quatre ou cinq kilos en une semaine. Les analyses sanguines ont montré que les dérèglements sont importants, et que cela peut avoir des conséquences diverses et graves. Le taux de fer notamment est souvent en chute libre. Le repos, les solutions alimentaires (ou médicamenteuses le cas échéant), sont alors nécessaires sur une période d’environ un mois afin de retrouver des constantes biologiques normales.

En prévention, Cécile conseille aussi de « faire des réserves » et de prendre le départ des ultra-trails avec un ou deux kilos de trop, de manière à mieux encaisser l’effort.

 

Apport de l’ultra-endurance
  •  « On a des capacités en soi qu’on ne soupçonne pas. Le sport ne faisait pas partie de ma vie. Je n’aurais jamais pensé être capable de faire tout ce que j’ai fait. Ca m’a apporté beaucoup de choses, dans ma vie personnelle ou professionnelle. Du coup, j’ai osé ».
  • « Ca m’a donné envie de voyager (sac au dos) ».

  • « J’ai vécu des choses dingues, seule dans le désert, de beaux souvenirs ».

 

 

Les bons conseils de Cécile :
  • Se préparer sérieusement, régulièrement, et en fonction de l’effort à fournir.

  • Ne pas aller trop vite, ne pas brûler les étapes. Commencer court, puis allonger progressivement les distances avant de prendre le départ d’un ultra-trail. L’expérience ça compte.

  • Deux marathons par an, c’est suffisant !

  • Ne pas courir sous médicament. Quand on est blessé, on se soigne et on se repose.

  • Le vrai danger: l’excès, et ne pas être capable de s’arrêter.

 

 

Où retrouver Cécile Bertin ?

 


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