SANDRA, LA DISCRETE.

 


Sandra et le snowboard, c’est un amour inconditionnel, c’est un style de vie, c’est même l’histoire d’une vie, de sa vie, mais aussi l’histoire du snowboard. Tout s’imbrique et on finit par ne plus savoir parfois si Sandra raconte l’histoire du snowboard ou si c’est elle qui l’écrit. D’ailleurs, écrire c’est son métier. C’est pour dire si c’est compliqué!

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Sandra en split-board à Breuil Cervinia – Photo Jean-Michel Jorda.
De la « petite pente » lyonnaise aux pistes raides des Aravis.

Sandra, est originaire de Lyon, de la Croix-Rousse, « d’une petite pente » comme elle le dit. Et Sandra a dû lutter pour se faire sa place dans ce monde de la montagne où on était pas toujours franchement accueillant avec ceux qui voulaient s’installer, surtout s’ils venaient de la ville. Pire encore s’ils faisaient du snowboard, mais ça on en parlera plus tard. Qui s’en doute aujourd’hui alors qu’elle habite dans son petit chalet des Confins depuis une éternité et qu’elle a fait de la montagne sa vie, sa profession, sa foi? Sandra la snowboardeuse a découvert la glisse sur deux planches, en ski, à Manigod-La Clusaz principalement, mais aussi à Courchevel 1650, là où ses parents passaient tous leurs week-ends et leurs vacances d’hiver. C’est même en ski qu’elle fait ses premières compétitions, avec la section ski freestyle (le ski artistique et acrobatique comme on l’appelait alors) du Club des Sport de La Clusaz. Avec une préférence pour les bosses qu’elle dévale en compagnie de Rapaëlle Monod et Edgar Grospiron au début des années 80. Cette amitié forgée dans l’enfance avec les bosseurs cluses la conduira même à travailler plus tard avec eux, sur le site Ridearth d’Edgar ou la marque Snöbioflowers de Raphaëlle.

Mais avant ça, Sandra a d’autres terrains à défricher. A commencer par celui des nouvelles glisses comme on les appelle à l’époque. Elle s’essaye d’abord au monoski sur un engin bricolé par Bertrand Couturier, le père d’une des filles de la bande de freestylers. Puis elle découvre le surf des neige en 85, en après-ski et footstraps, mais l’expérience se révèle peu convaincante. Elle se concentre alors pendant quelques années sur ses études et ses bouquins.

 

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Colombie Britanique 2009 – Photo: Jeff Vibert
La compétition au club des sports de La Clusaz, envers et contre … soi!

C’est en 87 que les choses vont changer. Le matériel ayant évolué, elle renouvelle l’expérience snowboard avec succès cette fois, et sans le savoir, elle met le pied (les deux et en travers s’il vous plaît!) dans une discipline qu’elle n’abandonnera plus. En 89, poussée par les copains, elle s’inscrit à une Pro-Am de bosses en snowboard, et la remporte. Puis une deuxième, puis une troisième… Quel paradoxe pour celle qui dit n’avoir pas du tout l’esprit de compétition! C’est donc presque malgré elle que Sandra se lance, soutenue par Bernard Monod (le père de Raphaëlle) qui lui prête du matériel, avant que Régis Rolland ne la prenne sous son aile. Toute jeune, elle intègre une équipe professionnelle, le Team FM, avec des grands noms de l’époque (Francky Moranval, Serge Cornillat, Anthonin Lieuthagi, Alexis Parmentier) et commence à sillonner le globe pour participer aux Coupe du Monde ISF et faire des photos d’actions. Elle qui dort dans son camion réalise de belles performances, s’octroie 3 titres de Championne de France d’affilée en 89, 90 et 91 ainsi celui de Championne de Nouvelle Zélande en 1995, en plein pendant les essais nucléaires de Mururoa!

Quand elle raccroche, celle qui a créé et dirige la section snowboard du Club des Sport de la Clusaz, prend en charge les jeunes et les entraîne. Missionnée par Pierre Lestas, elle réalise le premier snowpark sur le site de l’Etale en 95, puis organise en fin de saison 96 le SnowStock, premier festival de musique et de snowboard, qui fait si peur aux commerçants qu’ils fermeront leurs portes pendant la durée de l’événement!

 

Premiers pas de pigiste.

En parallèle, elle participe à ses premiers tests produits en 92 pour sNowsurf sous la houlette de Denis Bertrand et Vianney Tisseau, puis écrit ses premières piges dès 93, engagée dans cette voie par Bruno Débauché qui lui commande un article sur la Nouvelle-Zélande pour le magazine Surf Session. Elle enchaîne alors articles, interviews, enquêtes, devient rédactrice en chef et la Madame Tests Snowboards des Editions Nivéales jusqu’en 2004. Année au cours de laquelle est est à l’initiative du lancement du premier magazine crossover destinée aux jeunes femmes : Girls Power.

 

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Sandra se lance – Photo Guillaume Avrisani – Inax Aventure.
Encyclopédie de la glisse…et qui glisse!

Depuis, Sandra trace sa voie. Tour à tour et dans le désordre journaliste, conceptrice, rédactrice, consultante, styliste, assistante de production, assistante chef de produits, agent commercial, attachée de presse, juge freeride ou testeuse produits depuis 23 ans, le monde du snowboard en particulier, et celui de la montagne en général n’ont plus de secret pour elle. Elle connaît tout le monde, et tout le monde la connaît! Véritable encyclopédie vivante du milieu, si elle ne se rappelle pas toujours avec exactitude des dates, elle se souvient parfaitement des noms des gens qu’elle a rencontré ou qui ont fait l’histoire du snowboard, et elle sait raconter leur histoire avec passion.  Ce n’est pas par hasard si les plus grandes marques, les agences de presse, les éditeurs ou les stations de ski ont fait un jour appel à ses services. Impossible de tous les citer ici, mais à titre d’exemple on peut mentionner Dynastar, Rossignol, Salomon, Saint-Gervais-les-Bains, Courchevel, Labellemontagne, Intersport, Les Editions Glénat, Skipass, VSD, L’Express, L’Equipe Mag, etc, etc…

 

Paradoxes et empathie.

Ce qui est déroutant chez Sandra ce sont ses contradictions. Celle qui semble douce, fragile et introvertie, est capable de se battre jusqu’au bout pour défendre ses convictions, aime se jeter dans l’inconnu et se lance des défis en permanence. Elle est solitaire, mais  connait tout le monde. Elle dit n’avoir pas l’esprit de compétition, mais a été athlète pendant 6 ans  avant d’entraîner les jeunes de son club. Passionnée, c’est une femme qui ne fait pas dans la demi-mesure et s’implique à 100% dans ce qu’elle entreprend. Travailleuse acharnée, c’est une perfectionniste, ce qui la tient parfois trop longtemps enfermée chez elle devant son écran alors qu’elle respire mieux dans la montagne.

Mais ce qui caractérise le plus Sandra, ce sont son empathie, son intérêt réel pour les autres, son envie d’aider son prochain et de faire bouger les choses. Après avoir longtemps soutenu et défendu la cause féminine dans le milieu des sports de glisse, elle est aujourd’hui investie à fond dans 2 projets majeurs qui regroupent ses goût pour le voyage, l’aventure et l’expérience humaine. Le premier est Népali Guide dont le but est d’initier et former les guides népalais au ski-touring. Le premier documentaire a été réalisé en 2015 par Jean-Michel Jorda, « réal-venturier » à l’initiative du projet. Sandra fera encore partie du second opus qui va se tourner dans les prochaines semaines. C’est Jean-Michel également qui réalisera le documentaire Everest Green, projet humanitaire et environnemental porté par Gérard Clermidy, le Président de l’association Montagne & Partage, une expédition de 2 mois dont le but est le nettoyage de l’Everest jusqu’au Camp 4 à 7900 mètres d’altitude. Au-delà de ce nettoyage, l’objectif est d’initier le traitement définitif des déchets dans ce pays très en retard dans ce domaine et qui croule sous les immondices.

 

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Sandra, Tal et Jean-Michel Jorda dans les Aravis.
L’aventure et les cadeaux de la vie.

Tout ça ne l’empêche évidemment pas de rider sa planche dès qu’elle le peut. Fidèle à sa soif de liberté, elle sillonne dorénavant les montagnes en split-board (un snowboard qui se sépare en deux et permet ainsi de monter en peaux de phoque à la manière du ski de randonnée, et qui se fixe pour ne former plus qu’une seule planche à la descente). Vous pouvez la retrouver en compagnie de Pierre Tardivel dans le film Glisse Libre, le film et les topos vidéo d’Aravi’Snow, mais aussi avec Tal (le monsieur split français et non pas la chanteuse!) dans Fiz’tival.

 

Un parcours original donc et une vie bien remplie pour cette autodidacte qui ne rentre dans aucun moule et dont la vie a été marquée par de belles rencontres. Bernard Monod, Régis Rolland, Tahitien (Michel Perrin), Bruno Débauché, Vianney Tisseau, Denis Bertrand, Didier Lafond, Jean-Michel Jorda et Pierre Tardivel sont les hommes qui lui ont donné sa chance, l’ont soutenue à un moment ou un autre, ou en tous cas l’ont inspirée et l’ont encouragée à persévérer dans sa passion et ses ambitions. On dit que derrière chaque grand homme se trouve une femme. Sandra nous prouve que l’inverse est vrai: derrière chaque grande femme se trouve un (ou plusieurs) grands hommes!

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Les membres de l’expédition Nepali Guide au Camp de Base – Nov. 2015.

 


Elle l’a dit : « Dans la vie, il faut oser! »

 


Bio express :
  • 1970 : Naissance à la Croix-Rousse.
  • 1972 : Premières glissades à Manigod.
  • 1981 : Découverte du monoski.
  • 1983/94 : Section ski artistique et acrobatique du Club des Sports de La Clusaz.
  • 1985 : Découverte du snowboard.
  • 1989 : Première compétition de snowboard.
  • 1990 : Premier titre de Championne de France.
  • 1992 : Premiers tests produits pour sNowsurf.
  • 1991 : Création de la section snowboard du Club des Sports de La Clusaz.
  • 1993 : Premier article pour Surf Session.
  • 1995 : Création du premier snowpark de La Clusaz.
  • 1996 : Organisation du Snow Stock, festival snowboard et musique à La Clusaz.
  • 1998 : Rédactrice en chef des magazines Wind Surf Neige et Wind Beach Attitude.
  • 1999 : Réalisation du livre Surf Graphics.
  • 2004 : Lancement du magazine Girls Power.
  • 2005/2006 : Assistante chef de produits ligne Rossignol Snowboards Softgoods.
  • 2006/2008 : Assistante de production film Apocalypse Snow le retour 25 ans après.
  • 2009/2010 : Campagne de pub Rossignol Women True Colors.
  • 2015 : Relations presse et membre de l’expédition Népali Guide.
  • 2016 : Deuxième opus de Népali Guide.
  • 2017 : Relations presse et membre du projet Everest Green.

 


Sandra et la montagne en 10 questions :

1 – Votre rencontre?
D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours connu la montagne, d’abord en hiver. J’ai toujours été fascinée par la neige et le relief. La montagne je l’habite et elle m’habite. On prend de la hauteur avec elle, au sens propre comme au figuré.

2 – Ta montagne préférée?
Joker. Elles ont toutes leur charme, qu’on soit en moyenne ou en haute montagne.

3 – Ton rapport à la montagne en 3 mots?
1 mot suffit : essentielle ! La montagne, c’est comme les livres, JE NE PEUX PAS M’EN PASSER.

4 – Tes activités?
Snowboard, splitboard, rando, escalade…

5 – Ton meilleur moment?
Tous ceux que j’ai vécus et tous ceux qui me restent encore à vivre.

6 – Une femme que tu admires ou qui t’inspire?
Chantale Mauduit, iconoclaste, poétesse, fulgurante, insoumise, libre, au-dessus de la mêlée ! J’aurais aimé la connaître, je me sens des affinités avec cette femme, pas par rapport à ces exploits évidemment, je ne suis pas alpiniste, mais par rapport à son être.

7 – Tes 3 marques préférées?
Les artisans ont ma préférence, ils carburent à la passion et sont sans concession : Brotherwood, le facteur d’instrument de glisse basé à Villaz, respect pour Phénix, tendresse pour Plum. Fan de laine, j’aime beaucoup le travail et la vision de Henjl, la collection mérinos de Pally’Hi et les pièces hybride de Salewa.

8 – Ton prochain projet?
Nepali Guide dans 15 jours. L’an dernier, on a enseigné le ski touring à 6 guides de hautes montagnes népalais. Ski school à 5000m d’altitude dans les Annapurna, ça ne s’était jamais fait auparavant. Cette année, l’objectif est que ces mêmes guides descendent le Mera Peak (6400m) à ski. J’ai la chance d’accompagner cette formidable expédition!

9 – Ton rêve de montagne?
Faire plus d’escalade en été, ce qui implique de trouver un(e) bon(ne) samaritain(e) qui ait envie d’accompagner une presque débutante! Continuer à explorer les pentes et massifs voisins en splitboard avec les copains Tal, Jean-Michel Jorda et Pierre Tardivel, rider des pentes raides encore plus souvent, apprendre les bases de l’alpinisme…

10 – Une anecdote?
Partir 4 mois pour faire monitrice de ski en Nouvelle-Zélande en 1995 sans diplôme, sans expérience d’enseignement, avec un anglais scolaire plus qu’approximatif. Et surtout sans avoir chaussé de skis depuis 8 ans, ne faisant plus que du snowboard depuis 1987!

 


Les liens de Sandra : 

 


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